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"L'irréalisme de la politique américaine au Proche-Orient"
Comment by Rob Malley in Le Monde


La sentence est tombée, raide et réductrice à la fois: les Etats-Unis n'interviendront pas pour résoudre le conflit israélo-palestinien tant que subsistera la violence et tant que demeurera en place l'équipe dirigeante palestinienne actuelle. Arafat, hôte privilégié d'une Maison Blanche d'un autre temps, est devenu depuis persona non grata. L'horizon politique est là, certes, pour qui chercherait vraiment à le voir, mais flou et indéterminé. Fallait-il donc que le monde entier retienne son souffle et ses actes dans l'attente du discours du président Bush qui nous promet, tout bonnement, d'attendre encore un peu davantage?

Passons rapidement sur les multiples raisons qui incitent au scepticisme quant à l'efficacité du plan esquissé à Washington. Sans encouragement politique, sans une issue crédible au conflit, les Palestiniens ne renonceront pas à la violence. L'exigence d'une refonte en profondeur des institutions palestiniennes - légitime en soi - est un rien saugrenue dans le contexte d'une réoccupation massive de la Cisjordanie. D'où donc vient l'idée que la clé du tragique et douloureux conflit israélo-palestinien, vieux désormais d'un demi-siècle et lourd de milliers de victimes, tiendrait dans la nature du pouvoir palestinien?

Quant à l'injonction concernant le départ de Yasser Arafat, elle est à la fois déplacée et contre-productive: pense-t-on sérieusement que les Palestiniens, quelle que soit l'opinion qu'ils se font de leur leader, se plieront à un tel diktat? Et imagine-t-on que le successeur éventuel d'Arafat sera plus malléable ou qu'il pourra mieux vendre les compromis requis?

La question qui se pose aujourd'hui est de savoir que faire de ce discours, et, surtout, que faire malgré lui. La réponse venue d'Europe et du monde arabe, semble-t-il, est toute simple: il faut faire avec. Chacun évoque le nécessaire pragmatisme pour souligner que l'approche américaine ne changera pas, et qu'il faut donc chercher non à la contester mais à la modifier sur les marges. Le président américain réclame des réformes? Soit, dit-on en Europe et dans certaines capitales arabes, mais encore faut-il pour cela qu'Israël contribue à créer le contexte nécessaire. Cela suppose le relâchement des conditions dans les territoires occupés, la libre circulation des vivres et des produits médicaux, un retrait israélien des territoires récemment repris à l'Autorité palestinienne, le remboursement des fonds dus à l'Autorité, et le gel des colonies de peuplement. Une fois les élections palestiniennes passées, et quels qu'en soient les résultats, il s'agira d'établir un Etat palestinien provisoire et de s'atteler aux négociations sur le statut final.

Programme vaste et à bien des égards adroit, mais qui passe malheureusement à côté du sujet. Car aujourd'hui, la diplomatie américaine n'est pas à remodeler mais à refaire. Les objectifs affichés par le président Bush - création d'un Etat palestinien; fin de l'occupation israélienne - sont louables, mais manque cruellement à l'appel la volonté politique de les réaliser. En réalité, le schéma proposé par Washington n'est pour l'instant nullement destiné à résoudre le conflit - ce qui supposerait prise de risques politiques, engagement intense, et bras de fer avec Palestiniens et Israéliens - mais bien plutôt à le ranger et à gagner du temps.

Il est également important de saisir la dynamique interne américaine et la lutte qui oppose le département d'Etat au Pentagone et à la vice-présidence - c'est-à-dire grosso modo ceux qui pensent devoir prendre en compte l'opinion internationale et ceux qui estiment pouvoir passer outre. La réaction pour le moins docile au discours de Bush - et cela, quelles qu'en soient les motivations - aura eu pour effet de renforcer le camp des unilatéralistes et de neutraliser l'argument selon lequel même une hyperpuissance doit respecter un tant soit peu les vues de ses alliés.

L'absent de marque dans la vision américaine, c'est, après la présentation claire et détaillée d'un accord de paix final israélo-palestinien, la création d'un groupe de contact international chargé de le faire aboutir. Jamais auparavant les détails de cet accord n'ont été si largement connus; jamais auparavant la communauté internationale n'a semblé si près de les accepter - les pays arabes eux-mêmes semblant prêts à avaliser des concessions concernant le droit au retour ou le statut de Jérusalem naguère considérées comme impensables. Pour ceux qui en douteraient, il suffit de consulter le rapport de l'International Crisis Group rendu public cette semaine et qui propose un plan de règlement du conflit, avec détails et cartes à l'appui. L'ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, a évoqué à ce propos la nécessité d'une solution « imposée ». Mais il n'est nul besoin d'aller aussi loin. Il suffirait que les Etats-Unis présentent un plan de paix soutenu de façon concrète par l'Union européenne, les pays arabes et le Conseil de sécurité et que ces mêmes acteurs entreprennent dans la foulée une vigoureuse campagne de promotion ciblant les opinions publiques israélienne et palestinienne. Même si les premières réactions officielles de l'une ou l'autre partie concernée se révèlaient négatives, une dynamique nouvelle s'enclencherait, donnant une impulsion aux réformes palestiniennes et facilitant un arrêt de la violence. La mobilisation interne, régionale et internationale en faveur de ce plan rendrait d'autant moins tenable toute opposition provenant de l'une ou l'autre partie ou fraierait le chemin à un changement des équipes dirigeantes en place.

Il incombe aujourd'hui à l'Union européene et surtout au « trio » arabe (composé de l'Arabie saoudite, de l'Egypte et de la Jordanie) de présenter, ensemble et d'une seule et unique voix, cette vision autre des choses et de tâcher d'en persuader Washington. Pour cela, ils devront exprimer franchement les doutes qu'ils émettent en privé quant à l'approche américaine et s'engager dès maintenant à s'associer à un plan de paix et à rendre possible sa mise en oeuvre: soutien public européen et arabe, y compris pour ses compromis les plus difficiles, promesse de contribution européenne à une force militaire de paix dirigée par les Etats-Unis et de normalisation totale des relations entre le monde arabe et Israël.

Soyons pragmatiques, semblent répondre en choeur Européens et Arabes, apparemment convaincus qu'afin d'être dans le jeu américain, mieux vaut en suivre les règles. Mais ils au-raient tort de sous-estimer leur propre influence: pour mener à bien leurs objectifs de sécurité et de réforme, les Etats-Unis ont besoin de leurs alliés, d'autant plus que Washington coupe chaque jour davantage les ponts avec l'Autorité palestinienne. Et puis, l'épisode du Tribunal pénal international démontre bien que même cette administration-ci n'est pas à l'abri des pressions et de la persuasion. Pragmatisme, nous répète-t-on: mais qu'y aurait-il donc de si pragmatique à soutenir une politique que chacun, au fond, sait être parfaitement et superbement irréaliste?

© Le Monde 2002



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